Rando-Trail : le GR70 en 8 jours, suite et fin

(Pour retrouver le début de l’article et les 4 premières étapes, c’est par ici)

JOUR 4 : LE CHEYLARD L’EVEQUE – CHASSERADES

42,5km / 1200D+ / 1150D-

Temps total: 4h51 pauses inclues

Notre quatrième journée commence par un délicieux petit déjeuner au Refuge , et encore plus que les autres matins on fait bien le plein d’énergie.

Cette fois ci Laura part à 8h, et à 8h40 je lui emboîte le pas.

On commence par quitter Cheylard-l’Evêque via la route de bitume en montée, mais très vite le GR bifurque sur un sentier très agréable en sous bois, qui continue de grimper doucement mais sûrement. Je double quelques randonneurs partis plus tôt qui m’encouragent comme jamais, mais après 2 jours à les croiser je sais qu’à partir de cette étape on ne les reverra plus, instant nostalgie, je commençais à m’attacher! Après 2km et 100m de D+, le parcours bascule en descente et on reperd toute l’altitude gagnée, avant de grimper de nouveau sur une petite portion de bitume et de rejoindre un autre sentier en sous bois. J’adore ce début de parcours du jour, les paysages sont vraiment différents d’hier et le petit étang croisé sur le chemin me conforte dans l’idée que ça va être une belle journée.

La grande descente vers Luc est un peu technique avec racines et cailloux à gogo et je me régale, car j’avoue que le côté « trop » roulant du parcours est parfois un peu frustrant.

Arrivée à Luc je traverse le village en suivant les balises, mais en croisant l’un des randonneurs rencontrés sur le chemin il m’interpelle : il y a plusieurs variantes au GR et il sait que je veux prendre le chemin le plus long des deux, mais je suis en train de faire fausse route car si je continue par là je vais couper directement vers Laveyrune par une section pas très sexy de départementale et raccourcir l’itinéraire prévu de 5km.

Après un peu de jardinage dans le village je finis par retrouver la bonne trace, et je reprends ma route avec une courte descente suivie d’une nouvelle montée longue mais douce d’abord sur bitume puis à travers bois. Ici rien ne grimpe jamais trop longtemps, alors après quelques kilomètres c’est reparti pour une agréable descente vers Laveyrune, avant de repartir en montée direction Notre Dame des Neiges. La encore la pente est longue mais très courable, et je me surprends à ne pas du tout marcher: mon rythme est lent et régulier, mon cardio reste bas et mes jambes ne se plaignent pas de l’effort… cette étape marathon serait-elle contre toute attente en train de très bien se passer ?

Arrivée à l’Abbaye je prends le temps d’admirer le bâtiment, avant de repartir direction La Bastide Puylaurent. Je reçois un message de Laura qui me dit de bien recharger en eau là-bas car ce sera le dernier point de ravitaillement avant la fin.

J’arrive au village vers midi, et j’attaque la dernière grosse montée du jour sur la bien nommée montagne de « La Mourade » : 300D+ en plein cagnard, mais là encore on peut courir sans soucis. Au sommet je passe sous des éoliennes avant de basculer dans la descente, et de comprendre dans un échange de messages vocaux avec Laura qu’elle s’est trompée à Luc et a pris le raccourci de 5km, elle est donc encore devant moi et sur le point de finir l’étape.

Quelques kilomètres de descente plus tard je finis par la rejoindre, ma montre indique 42,5km et 1200D+ pour 4h51 … un chrono qui me semble plutôt « bon » pour un marathon aussi vallonné hors course officielle et avec déjà tous ces kilomètres cumulés depuis le début de la semaine, alors je savoure ma finish Line sans dossard et sans médaille et on fête ça avec de l’eau, youpi ! (la bière viendra après, mais c’est un peu tôt pour l’apéro)

La suite de la journée est comme d’habitude pleine de rencontres improbables : Dominique, l’alter ego de Laura (avec quelques années de plus), José, 5 fois Finisher de l’UTMB & son compère Michel de la réunion : deux retraités de 72 ans qui sont sur le point de conclure avec deux charmantes dames rencontrées sur le chemin, et d’adorables hôtes qui nous reçoivent très bien.

JOUR 5 : CHASSERADES – FINIELS

36,3km / 1220D+ / 1165D-

Temps total: 4h31 pauses inclues

7h, le réveil sonne et il est temps de se lever, d’habitude je suis déjà au taquet mais là je resterais bien au lit une heure de plus : je n’ai pas hyper bien dormi, pas assez récupéré mais au niveau des jambes tout semble ok. Petit dej, préparatifs, et 25 minutes après Laura je déclenche ma montre.

Petite descente jusqu’au très joli village de Chasseradès (j’avoue que la veille on avait pas poussé jusque là en restant à notre gîte 2km avant le village), avant de continuer sur la thématique du D- … Et de mon petit déjeuner qui commence à remonter, je préfère définitivement les départs en côte quand on démarre juste après avoir mangé ! Ouf ça y’est après quelques kilomètres on commence à grimper, et je me met en tête de tout faire en courant pour arriver au sommet du Goulet, 320 mètres plus haut.

Sur les 11 kilomètres suivants montées et descentes s’enchaînent sans encombre jusqu’au Bleymard, pour l’instant j’ai l’impression de continuer à surfer sur la vague de forme de la veille.

Arrivée au Bleymard je retrouve Laura qui s’était arrêtée pour recharger en eau : on s’apprête à attaquer la plus longue montée du Stevenson pour atteindre le point culminant du GR : le Mont Lozère (sommet du Finiels) et ses 1699 mètres d’altitude.

On démarre ensemble avec Laura, puis je la laisse derrière et j’alterne marche et course selon la pente. À mi chemin on arrive à la station de ski du Bleymard, et là je m’emmêle les pinceaux entre les GR : je pars apparemment sur le GR700, et je comprends mon erreur après 1,5km de trop. Je pourrais récupérer la destination en passant par la départementale, mais ce serait dommage de louper le sommet de cette si jolie petite montagne que j’ai sous les yeux, alors je fais demi tour (3km de rab au total) et je récupère le bon sentier pour terminer l’ascension. Le paysage est incroyable, mais je crois que mon erreur de parcours m’a provoqué une fracture de la motivation et je commence à peiner dans la montée, je marche beaucoup alors que la pente est courable.

Arrivée au sommet je prends le temps d’admirer le paysage avant de basculer sur une longue descente comme je les aime : assez technique, bien caillouteuse et … balisée ! Je finis par croiser trois traileurs en train d’accrocher des rubalises aux arbres, ils m’apprennent que le lendemain Le Trail du Mont Lozère passe par là. Je finis par atteindre Finiels, petit hameau comptant plus de poules que d’habitants.

Je suis soulagée d’arriver, cette fin d’étape aura été très belle mais je sens que le marathon de la veille a laissé des traces et que mon corps commence à fatiguer.

Je ne m’étalerai pas sur l’accueil qui nous est fait dans notre gîte, car tout le reste a été très correct, mais plutôt sur la visite de Marina, jeune gendarme à Mende, qui est venue nous faire un coucou et nous présenter Gendloc, un système de géolocalisation développé par la Gendarmerie française pour la gestion des secours: si un jour vous êtes (vraiment) perdu ou blessé et que vous avez besoin que les secours interviennent, il vous suffit d’appeler le 17, qui vous envoie un lien : en cliquant dessus, vous donnez accès à votre localisation GPS et les secours peuvent ainsi intervenir.

La soirée se termine sur fond de discussions improbables: diète cétogène, jeun de 7 jours et UTMB …

JOUR 6 : FINIELS – FLORAC

36km / 800D+ / 1460D-

Temps total: 4h13 pauses inclues

C’est reparti pour une nouvelle journée, et ça commence par 6km de descente vers Pont de Montvert, sur une large piste puis quelques sentiers un peu plus techniques avant d’arriver sur ce petit village très mignon.

En quittant le village je croise d’adorables ânes que je m’arrête prendre en photo, avant d’attaquer la montée vers le plateau de la Cham de l’Hermet, 3,3km et 220D+ plus haut. La montée est très caillouteuse et ressemble à ce qu’on pourrait trouver du côté de chez moi, je marche pour m’économiser car je suis un peu moins en forme aujourd’hui et que l’étape du jour sera encore longue. Une grande descente et une longue montée en sous bois suivent, pour atteindre cette fois le sommet du Bougès à 1421m où je retrouve Laura.

On partage les kilomètres suivants ensemble : un superbe single un peu technique, que j’adorerais si mon adducteur droit ne commençait pas à me faire mal.

Nos chemins finissent par se séparer et la fin d’étape est moins intéressante : interminable descente en sous bois, puis plusieurs kilomètres en plein cagnard de midi pour rejoindre Florac après 36km et “seulement” 800 mètres de dénivelé positif.

La suite ne se raconte pas tellement elle est improbable, mais ça s’est fini en accueil à la sous préfecture de la ville et une du Midi Libre du lendemain avec un article consacré à notre périple.

JOUR 7 : FLORAC – ST GERMAIN DE CALBERTE

31,7km / 710D+ / 770D-

Temps total: 3h24 pauses inclues

Après presque 8 heures de sommeil d’une traite (un miracle) je me réveille en pleine forme. On est lundi, mais pas un lundi comme les autres puisque c’est déjà le 7eme jour de notre aventure, je suis partie de chez moi il y a presque une semaine déjà.

Et pourtant, malgré les 208km et 5500D+ déjà parcourus, on dirait que mon cerveau a décidé de faire la remise à zéro du compteur habituelle du debut de semaine : aujourd’hui les kilomètres vont s’enchaîner sans marcher une seule fois, et avec d’excellentes sensations même si bien sûr, mon rythme reste celui d’une personne qui est en train de parcourir tout un GR.

Les 17 premiers kilomètres sont globalement ascendants, mais la pente est très douce et tout s’enchaîne vite jusqu’au Pont sur la Mimente. Il est ensuite temps d’entrer dans la forêt de Fontmort pour environ 7km et 400D+ jusqu’au point culminant du jour à 1020m. En chemin je rattrape Laura, qui commence à s’inquiéter pour sa quantité d’eau mais refuse que je partage la mienne. Je la laisse derrière moi car je préfère courir tandis qu’elle a décidé de marcher la montée pour s’économiser mais à l’approche du sommet je décide de lui déposer une flasque d’eau au pied d’un arbre et de lui envoyer un message pour qu’elle le retrouve, en mode jeu de piste (ou pas, je lui indique juste le kilométrage, l’altitude, et une photo en guise de repère).

J’entame ensuite la descente et tout s’enchaîne très vite jusqu’à Saint-Germain de Calberte, 8km plus bas.

La suite est moins drôle pour Laura, mais avec le recul on en rigolera : elle arrive 2h30 et 10km de trop au compteur plus tard, car elle s’est perdue en bifurquant sur un autre GR (foutues balises rouges et blanches) qui lui a ajouté des kilomètres et du dénivelé, ou comment transformer son étape du jour en marathon !

JOUR 8 : ST GERMAIN DE CALBERTE – ST JEAN DU GARD

23km / 550D+ / 840D-

Temps total: 2h40 

C’est déjà la dernière étape : “seulement” 23km et environ 500D+ nous séparent de Saint-Jean du Gard, une broutille comparé à tout ce que l’on a déjà fait. Je me réveille en forme, j’ai donc l’impression que cette matinée sera une formalité, et je m’imagine déjà que les derniers kilomètres vont passer beaucoup trop vite.

Avec Laura on ne réalise pas trop que la fin approche, mais on savoure ce qu’on sait être notre dernier petit déjeuner de l’aventure, à coup de généreuses tartines à la crème de marron. Comme d’habitude elle part à 8h30, et vers 9h je lui emboîte le pas.

Les dix premiers kilomètres sont en descente, et comme certains autres matins je comprends vite que j’aurais du laisser à mon organisme plus de temps pour digérer, mais cette fois c’est plus violent car il fait déjà bien chaud, et je me sens un peu nauséeuse. Je serre les dents en pensant à la belle portion en montée qui arrive, et me permettra sûrement de me sentir mieux.

Les kilomètres défilent et elle arrive vite, cette fameuse grimpette de 3,5km et environ 400D+ jusqu’au col Saint-Pierre, la toute dernière ascension du GR, mais pas des moindres. Le début de la montée à l’ombre se passe sans encombres, je trottine et je marche parfois un peu, mais je sens que la température commence à vraiment grimper, et à quelques centaines de mètres du sommet je commence de nouveau à me sentir mal. La bascule se fait sur quelques superbes kilomètres de single en descente, et je pourrais me régaler si l’envie de régurgiter mon petit déjeuner n’était pas aussi présente. Le sentier finit par rejoindre la départementale, et plus les kilomètres passent moins ça va, moi qui imaginais une arrivée à contre-cœur, je n’ai maintenant qu’une hâte, en terminer. Je retrouve Laura sur le petit pont qui nous amène vers les derniers mètres à l’entrée de la ville. On ne réalise pas ce qui est en train de se passer et on ne sait pas réellement où s’arrêter, alors on traverse toute la rue principale où se tient le marché, avant de finir par mettre un STOP final sur nos montres près de la poste … heureuse coïncidence, on est juste à côté d’un monument dédié au chemin de Stevenson. Je m’assois par terre, je suis franchement au bout de ma vie est il fait maintenant près de 32 degrés, mais ça y’est, on l’a fait !

257,4km

6848D+

29h41 passées sur les sentiers (6’55’’/km)

28h59 en temps de déplacement (6’45’’/km)

… Et un voyage inoubliable qu’aucun chiffre ni compte-rendu ne pourra résumer !

J’avais prévu d’écrire un petit épilogue, une conclusion sur l’expérience humaine et sportive apportée par ce GR, mais à l’heure où je publie ces lignes le GR70 blues s’empare de moi et je n’ai pas envie de mettre un point final à l’histoire, alors on s’arrêtera là … En attendant de planifier la prochaine aventure !

 

3 réflexions sur “Rando-Trail : le GR70 en 8 jours, suite et fin

  1. fanny dit :

    Félicitations à ton amie et toi pour tous ces km engrangés. Des petits trucs pour accélérer / faciliter la recup’ entre 2 étapes? Car relancer la machine immédiatement après un marathon,…

    J'aime

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