Compte rendu: La Ragnar Race UK

Le weekend dernier, je participais à la Ragnar Race White Cliffs en Angleterre, la première organisée en Europe.

Vous ne savez pas ce que c’est? Normal, cette course n’existait jusque là qu’aux Etats-Unis, du coup je vous explique le concept, et je vous raconte mon aventure du weekend 🙂

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La Ragnar Race, c’est quoi?

Les Ragnar Race existent aux Etats-Unis depuis 2003 déjà, et il y en a une dizaine à travers le pays, mais le concept débarque à peine en Europe, avec la première édition anglaise cette année, et d’autres rendez-vous à venir l’an prochain, notamment en Allemagne (Oui, l’Angleterre fait bien partie de l’Europe même si bientôt plus de l’UE, et celui qui vient jouer sur les mots en me parlant de Brexit je lui fais manger des fish&chips par les trous de nez…).

Le principe est assez simple: c’est une course en relais d’environ 300 kilomètres, disputée par des équipes de 10 coureurs qui se relaient 3 fois chacun, tandis que le reste de l’équipe se déplace en van pour suivre la course.

C’est donc une aventure sportive: courir environ 30km en trois fois sur 24h où on n’a pas vraiment le temps de se reposer c’est beaucoup plus dur que courir la même distance en une seule fois (oui oui!) ; mais aussi une aventure humaine: pendant tout le weekend, on vit en communauté avec son équipe, on soutient les coureurs, et on franchit tous ensemble la ligne d’arrivée!

Souvent, les gens s’inscrivent entre amis à ce type de course, mais pour le coup, j’étais avec la Team Reebok France: je connaissais déjà certains membres, d’autres pas du tout, mais c’est le genre d’expérience dont on ressort forcément avec des liens!

L’avant course: Race Pack

La Ragnar Race démarre bien avant la ligne de départ: c’est déjà presque un marathon de rassembler toutes les affaires nécessaires!

En effet, on ne part pas pour une course classique, mais pour environ 24 heures où l’on va courir trois fois, de jour comme de nuit, et passer le reste du temps dehors ou dans un van, il faut donc prévoir les affaires en conséquence: 3 tenues pour courir, en anticipant les possibles aléas de la météo (surtout quand c’est en Angleterre!), une tenue confortable pour le reste du temps, mais aussi… un duvet ou une couverture, à manger et à boire (même si on peut se ravitailler pendant la course), une lampe frontale et des équipements pour être visible la nuit, de quoi charger les téléphones de l’équipe, des lingettes pour se nettoyer, etc…

Bref, on ne part pas les mains dans les poches, mais si un jour vous vous laissez tenter par l’aventure pas de panique, on vous enverra une checklist de tout ce qui peut vous être utile!

L’avant course: Le Van

Ensuite, la veille du départ, il y a la partie la plus fun: la déco de son van!

Les équipes louent deux vans ou prennent de grandes voitures pour pouvoir être à 5 dedans (car l’équipe se divise en deux pendant la course), et les décorent pour les mettre à l’image de leur équipe! De notre côté, on avait à disposition plein de marqueurs et de la peinture (lavables à l’eau bien sûr), des stickers, des bandes adhésives, des rubans, etc., et je trouve qu’on a plutôt assuré!

Bref, il suffit d’être imaginatif (en se rappelant qu’il faudra à un moment donné rendre le van propre…), et ne pas oublier la tradition: noter le nom des membres de l’équipe avec trois cases que l’on coche dès que l’on termine un de ses relais, et un emplacement pour noter ses « roadkills » = à chaque fois que l’on double quelqu’un pendant la course.

Répartition des relais

Avant la course, les équipes reçoivent un roadbook avec le parcours et le détail de chacun des relais, et doivent décider de l’ordre de passage de chaque coureur. Il faut savoir que les relais n’ont pas les mêmes distances totales ni les mêmes dénivelés, mais au final c’est plutôt sympa parce que ça permet de rendre la course accessible à la plupart des coureurs ayant un minimum d’entraînement!

Par exemple, sur cette Ragnar, le 6ème relayeur n’avait « que » 18km à parcourir, tandis que le 1er relayeur avait plus de 40km! Il faut donc réfléchir à l’avance à la répartition des rôles. Et même si la logique veut qu’on courre une fois tous les dix relais, en réalité les règles sont très souples: si un coureur se blesse ou est trop fatigué, un autre relayeur peut prendre sa place, ou l’accompagner sur une portion de course, et les relais peuvent être échangés.

Les relayeurs 1 à 5 prendront un véhicule, et les relayeurs 6 à 10 un autre, ce qui permet à une partie de l’équipe de se poser quelques heures pour manger ou dormir pendant que l’autre partie de l’équipe est en action. C’est pratique, mais au final ça divise un peu les équipes: on se rapproche forcément plus des gens qui sont dans son van et avec qui on reste pendant les 24h++ de la course!

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Crédit photo: Virginie Michanol

Déroulé de la course

Le matin de la course, les départs se font par vagues d’une vingtaine d’équipes, notamment pour simplifier la logistique (imaginez 100 vans qui veulent aller au même endroit au même moment). Notre équipe partait à 11h30 du matin, avec Matthieu en premier relayeur. On est tous restés pour le voir prendre le départ, mais ensuite pas de temps à perdre pour les membres du Van 1: en route pour l’attendre au point de rendez-vous du second relais! J’étais dans le Van 2, et plutôt que d’aller directement attendre au point de rendez-vous de notre première relayeuse, nous avons décidé d’aller encourager l’équipe au troisième relais. Dit comme ca c’est le bazar, mais en réalité… c’est le bazar aussi! tout va très vite, et on a à peine le temps de conduire quelque part et se poser quelques minutes qu’il faut déjà repartir, mais le passage des relais est vraiment le meilleur moment!

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Mes 3 relais

Comme je le disais plus haut, les règles sont assez souples, et avec Christelle (qui tient le blog Le Canard Ivre) on a décidé de faire un mélange de nos relais qui nous convenait à toutes les deux: j’ai pris le relais 8 et elle le 9, et nous avons échangé la portion du milieu, pour m’ajouter quelques kilomètres et lui en retirer quelques uns.

1er relais – 12,4km

Je n’avais pas vraiment de stratégie de course, je savais juste qu’il ne fallait pas que j’aille trop vite dès le début, au risque d’être complètement cramée pour la suite. Quelques minutes avant mon départ, je décide de faire mon relais en allure progressive, en partant à environ 11km/h et en accélérant pour arriver à mon allure semi. Bien sûr, rien ne se passe jamais comme on le décide: quand Lloyd arrive et me passe le bracelet de relais, je pars comme une flèche. Je vois que je vais trop vite et qu’à cette allure je vais très vite craquer, alors j’essaie de ralentir, mais je passe quand même le premier kilomètre en 4’30 » . Ne me demandez pas pourquoi, mais je décide ensuite que du coup, je vais tenir cette allure sur toute cette portion. Je longe la côte sur une large route piétonne en front de mer, le paysage est magnifique et le moment idéal, avec les lumières de fin d’après-midi qui viennent embellir le tout. Je suis bien, je double 1, puis 2, puis au final au total 11 coureurs: l’un des trucs « fun » de la Ragnar, c’est de compter le nombre d’équipes que l’on double, et de noter ses « roadkills » sur le Van! Ca reste bien sûr bon enfant, parce qu’à moins d’être une équipe de tueurs, le but c’est surtout d’arriver au bout et que chacun donne le meilleur de soi. Au moment de passer mon relai à Christelle bonne surprise: toute la team est là, même les membres du Van 1, qui sont venus nous encourager après leur courte pause pour manger.

2eme relai – 12,5km

Mon deuxième relai se fait au beau milieu de la nuit, à 3h du matin. Comme on a décidé d’échanger ce second relai avec Christelle, c’est elle qui est passée avant moi et doit me donner le petit bracelet orange. Je n’ai pas encore dormi, mais j’ai pu faire un vrai repas vers 21h (un bol de riz et une soupe thai). Je suis un peu fatiguée mais surtout très excitée par cette portion nocturne, avec ma frontale et mon gilet jaune super sexy. Au moment où elle arrive, je suis un peu surprise car même si on la guettait, impossible de distinguer correctement les gens dans la nuit noire et aucun de nous n’avais compris que c’était elle qui arrivait avant qu’elle soit à seulement quelques mètres, du coup je lache vite la couverture qui me réchauffait en attendant, et bim c’est parti.

Les premiers kilomètres sont un peu étranges, j’ai du mal à trouver mon rythme et je cours sur un trottoir complètement défoncé avec plein de bosses, je dois donc faire bien attention où je mets les pieds. Au bout de 4 kilomètres mon parcours tourne vers une route non piétonne, et je commence à être bien: j’accélère et je suis sur un bon rythme, les lumières des autres coureurs devant moi me motivent à tenir le rythme pour les rattraper, j’en remonte plusieurs. Au bout de 6km le parcours passe en mode trail, avec un petit chemin qui me rapproche du bord de mer. Jusqu’ici tout va bien, sauf que… je ne vois plus d’indications. Le parcours se corse, je commence à courir sur des galets, pas facile. A une intersection, je ne vois aucun panneau, et je décide de prendre vers la droite tout en vérifiant ma géolocalisation sur l’application dédiée à la Ragnar: j’ai fait fausse route mais pas grave, c’est juste 200m, demi tour et je serais vite sur le bon chemin. Le chemin en question est une vraie galère: d’abord un terrain en terre, sans sentier piéton tracé, du coup je ne sais pas trop par où passer et dans la nuit difficile de bien anticiper,  je passe à plusieurs reprises dans des orties. Ensuite le chemin retoune en bord de mer, avec un mélange de sable et de cailloux très difficile à pratiquer, surtout que je n’ai pas du tout des chaussures de Trail aux pieds. Je reviens finalement sur un chemin de terre similaire au premier, toujours aucun panneau. Je double une anglaise qui me suit, mais au bout d’un moment, on arrive devant une barrière… En regardant vers la droite, on se rend compte qu’à vol d’oiseau on est seulement à une cinquantaine de mètres du bon chemin grâce aux lumières des autres coureurs.

Sauf qu’entre eux et nous, il y a ces herbes hautes, et on ne sait pas trop quoi d’autre, vu qu’il n’y a aucun autre éclairage que nos frontales. Je décide de traverser les herbes hautes, l’anglaise me suit. Et puis d’un coup… je sens mon pied qui s’enfonce dans de l’eau. A cette heure là, dans ces conditions là, difficile d’être très lucide, et je me dis que c’est un petit cours d’eau mais que quitte à avoir les pieds mouillés, autant le traverser pour rejoindre la bonne route. Sauf que … ce n’est pas juste un petit cours d’eau. Un pas de plus, et je m’enfonce dans l’eau jusqu’aux fesses. Trempée pour trempée j’hésite à continuer mais je ne sais pas si c’est plus profond plus loin, et la fille avec moi m’attrape la main et m’aide à sortir, on rebrousse chemin. On croise une autre personne qui s’est trompée comme nous, on repart tous dans l’autre sens et quelques centaines de mètres plus loin je trouve un petit barrage en béton qui me permet de traverser ce cours d’eau qui reste encore pour moi un mystère. Je retrouve le bon chemin, qui semble d’un coup beaucoup plus facile, et je termine en ré-accélérant comme je peux.

Au final je n’ai rallongé mon parcours « que » d’1,5km , mais j’ai perdu beaucoup de temps, je suis trempée, j’ai les jambes littéralement couvertes de piqûres d’orties, et je m’en veux d’avoir fait perdre du temps à mon équipe. Ils me réconfortent, ils sont plus inquiets pour moi qu’autre chose, et après qu’un secouriste m’ait rassuré sur mes piqûres (ce n’est pas nocif, c’est même bon pour la circulation du sang, en fait!), j’ai plus envie de rire de ma bêtise qu’autre chose. La vérité, c’est qu’on se perdra presque tous au moins une fois sur le parcours, dont le balisage était parfois plus qu’aléatoire.

3eme relai – 7,2km

Il est maintenant midi. Depuis mon second relais j’ai dormi une heure environ, mangé une pomme, des barres energétiques, un petit paquet de chips et bu du café, bref, la fatigue commence à être réellement présente, mais la bonne humeur est là: la course est presque terminée, après moi il ne restera plus que 4km à Christelle et 8km à Nicolas, on est tous à fond et le cadre de la fin de course est tout simplement magnifique, au bord des Falaises de Douvres, en direction de Brighton.

Lloyd me passe le relai, je m’élance pour cette dernière courte portion de 7km. Sur les premiers kilomètres tout va bien, je vais au même rythme que sur mon premier relais, même un peu plus vite. Je passe sur un chemin en galets mais rien de compliqué. Rapidement, je sens quand même que la fatigue commence à avoir un impact, et la série d’escaliers qui doit me faire traverser une voie ferrée a raison de moi: à partir de là ça devient compliqué, mais je continue, tant pis si le rythme est plus lent, il ne reste que quelques kilomètres d’effort. Mon parcours se termine par 200 mètres en côte, et ma tentative de sprint final n’est qu’une longue agonie, je pense que c’était assez hilarant à observer, mais ça y’est, j’ai bouclé mes 32km (presque 34 en fait) !

L’arrivée

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Crédit photo: Virginie Michanol

Quelques kilomètres plus tard, c’est tous ensemble que l’on passe la ligne d’arrivée.

On l’a fait: Finishers de cette première Ragnar Race UK en 26 heures et quelques, 21eme équipe sur une centaine!

 

Je profite de cet instant d’euphorie pour voler le bracelet de relais à Nicolas et le garder en souvenir (Si tu lis ces lignes: t’avais qu’à pas dormir sur ma casquette!), et on nous remet à chacun une médaille, qui se complète avec les autres pour former un message: TOGETHER WE CAN ACCOMPLISH ANYTHING, WE ARE RAGNARIANS.

 

En 26 heures, on a fait à nous tous ce qu’on n’aurait jamais réussi à faire seuls. En 26 heures, on est devenus une équipe.

Cet article est long, j’ai essayé de vous donner une idée plus claire de ce qu’était la Ragnar Race, et de ce qu’on avait vécu ce weekend, mais en réalité il manque le principal, ce qui ne peut pas être expliqué ou partagé en seulement quelques lignes: l’intensité de cette expérience, et toutes les émotions que l’on a vécu ce weekend tous ensemble. On partait tous en se connaissant un peu ou pas du tout, on revient en ayant vécu quelque chose de fort ensemble, en ayant partagé une aventure inoubliable qui a forcément créé des liens.

Le retour à la réalité du quotidien est étrange, mais une chose est sûre, je garderai de superbes souvenirs, et on se pose tous la même question: Rendez-vous Où et Quand pour la prochaine?

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2 réflexions sur “Compte rendu: La Ragnar Race UK

  1. Aurélie dit :

    Magnifique CR, qui laisse bien paraitre la magie du sport, de l’effort ensemble, du surpassement de soi. J’imagine bien que le retour au train train quotidien devait être difficile, mais avec des souvenirs plein la tête =)

    Aimé par 1 personne

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